Résume des textes et téléchargements
ABIDI Abdelhamid : L'attachement à la voiture comme mode de vie urbain en France.
ATER, Université de Caen
Chercheur au Centre nantais de sociologie-CENS EA 3260
Chercheur-associé au Droit et changement social-DCS UMR CNRS 3128
abdelhamidabidi@yahoo.fr
Cette communication traite du rapport, jusque-là peu abordé, entre l'usage au quotidien des modes de transport urbain et ce qu'on peut nommer le mode de vie de l' "Homme moderne" comme idéal type selon le sens weberien du terme. Selon les statistiques actuelles, l'usage de la voiture personnelle est largement disproportionné par rapport aux autres modes tous confondus. En effet, dans le cadre de la lutte contre les préjudices écologiques liés au transport urbain, les autorités organisatrices visent dans leurs actions à réduire l'utilisation de la voiture particulière au profit du transport collectif et des modes doux. Toute la législation en la matière (Loti, Laure, SRU) en France préconisent des mesures dans cette orientation conformément aux conventions internationales (Kyoto, Rio de Janeiro et Johannesburg) en matière de protection de l'environnement et de développement durable.
Dans le cadre des Plans de Déplacement Urbain en France, les acteurs institutionnels appréhendent le comportement de l'usager des moyens de transport comme traduction d'un ensemble de choix rationnels. La réalité semble être plus complexe. Le choix modal en transport ne se réduit nullement à ces dimensions économiques et techniques mais s'inscrit dans la trame culturelle et symbolique de la société d'aujourd'hui. Les contextes changent d'une ville à une autre, d'une collectivité à une autre. Au-delà du contexte institutionnel (politique et économique) les populations des aires urbaines ont des rapports et des visions différenciés selon leurs histoires respectives et leurs compositions socio-démographiques. Le rapport des individus aux objets techniques, en particulier la voiture personnelle, est tributaire, justement, de ces contextes.
Le principe de la liberté individuelle sur lequel est fondée la modernité dans le plein sens du terme (économique, politique, social et juridique) est au centre de ce mode de vie auquel aspire tout individu. La consommation des biens finis dans les sociétés économiquement développés traduit l'interférence des dimensions symboliques, économiques et sociales. Ceci remet en question la façon d'approcher la crise écologique actuelle étroitement liée à la croissance illimitée des systèmes de production et de consommation. Nous envisageons de traiter ces différents points à la lumière des données relatives à des contextes urbains différents. Ces données sont issues de projets de recherche-action auxquels nous avons participé.
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AMAND Rudy : Consommation responsable/Production coupable ? Etude des paradoxes des filières de production des produits de la mer.
Doctorant en sociologie
Centre Maurice Halbwachs/Equipe Dyreso
Université de Caen Basse-Normandie
rudy.amand@unicaen.fr
D'une manière générale, notre communication, s'appuiera sur les travaux que nous réalisons pour notre thèse de sociologie sur les marins-pêcheurs du Calvados. Elle visera à répondre à cette question : quelles sont les conséquences environnementales, humaines et économiques de la consommation de produits de la mer ?
Il existe deux façons pour les marins-pêcheurs d'écouler leur production : la vente en criée et la vente directe (qui se compose des ventes officielles et parallèles).
Afin de lutter contre les fraudes liées à la déclaration des prises, certains acteurs du secteur des pêches maritimes prônent l'obligation d'opter obligatoirement pour la première méthode. Ainsi, deviendraient difficiles, voire impossibles, toutes ventes directes illégales entre marins-pêcheurs et consommateurs.
Pourtant la vente directe semble être un bon moyen de répondre aux préconisations des associations écologistes, relayées par les mondes médiatiques et politiques, qui incitent à un changement des habitudes de consommation, en privilégiant des filières locales de production, afin d'adopter des modes de vie plus durables.
Le problème de ce type de vente, c'est la part non négligeable de produits non-déclarés, qui n'entrent donc pas en compte dans les statistiques visant au respect des quotas imposés par l'Union Européenne pour assurer la pérennité de la ressource.
Le produit ainsi acheté devient paradoxal : pêché au mépris des règles visant une protection accrue de l'environnement, il se verra pourtant " chargé " symboliquement des valeurs positives associées à la notion de " développement durable " portées, et galvaudées, par l'ensemble de la société.
A l'image de cet exemple, c'est l'ensemble de la filière de consommation de ce type de produits qui soulève nombre de paradoxes.
Au-delà de ces paradoxes, notre communication s'attellera à un examen critique des réformes entreprises par les différents acteurs du secteur pour transformer ce marché particulier.
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BARRAULT Julia et SALLES Denis : Vers un jardinage plus respectueux de l'environnement ? Déterminants, pratiques et représentations.
CERTOP UMR 5044 CNRS
Maison de la Recherche
Université de Toulouse-Le Mirail
5, allées Antonio Machado
31 058 TOULOUSE Cedex 9
barrault@univ-tlse2.fr et dsalles@univ-tlse2.fr
Avec 14 millions de jardins en France, l'industrie des produits phytosanitaires est le seul marché des biens de consommations/loisirs à n'avoir jamais connu de baisse des années 1980 à 2000 et il reste toujours aujourd'hui parmi les plus rentables du marché français. Ces chiffres peuvent paraître étonnants dans la mesure où la sensibilité écologique fait désormais largement consensus, où les médias se sont emparés à plusieurs reprises (même de façon très épisodique) de la problématique des pesticides et où de nombreuses associations environnementales et des personnalités publiques lancent l'alerte sur les dangers et les risques liés à ces substances chimiques.
Comment expliquer alors, que l'activité des jardiniers amateurs soit la 2ème activité la plus consommatrice de pesticides en France (certes, loin derrière l'agriculture qui en utilise 90%) ? Comment l'expliquer alors que, contrairement à l'agriculture, ne se pose pas la question du rendement, l'utilisation de produits chimiques au jardin pouvant être qualifiée comme " non essentielle " ?
De plus, si les quantités de substances actives utilisées pour les usages non agricoles sont faibles(*) , divers éléments laissent à penser que les usages amateurs ne sont pas dénués de risques, tant pour l'environnement (eau, sol, air) que pour la santé humaine (infections respiratoires, cancers, problèmes de fertilité etc.) tels que la petite superficie d'application, les types de surfaces traitées (souvent imperméables), et les pratiques et conditions d'épandage (souvent sans protection).
L'enquête par questionnaire conduite auprès de 1000 jardiniers amateurs permet de comprendre le sens accordé au jardinage, d'analyser les pratiques et leurs justifications ainsi que les représentations sociales qui y sont associées (celle du jardin, du jardinage, des pesticides, des risques) au regard des risques environnementaux et sanitaires.
Au-delà de l'analyse des pratiques, il s'agira d'observer les processus de responsabilisation individuelle à l'œuvre vis-à-vis de la protection de l'environnement et de la santé.
Notre communication se propose d'analyser un certain nombre de résultats de l'enquête PHYTOVILLE menée au CERTOP dans le cadre de l'appel d'offre " Pesticides " lancé par le Ministère de l'Ecologie en 2006. Son objectif est d'identifier, de prendre la mesure et d'analyser les usages des pesticides et les représentations de la population (peu étudiée à ce jour) des " jardiniers amateurs ", dans un contexte conjoint " d'écologisation " et de marchandisation croissante de cette activité de loisir.
(*) Source : " Programme d'évaluation et de réduction des risques liés à l'utilisation des pesticides ", Ministère de l'Ecologie et du développement Durable, 2006.
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BATICLE Christophe : La chasse comme affichage d'un style de vie " naturel " : affirmations politiques du principe d'autochtonie et surenchères écologiques.
Université de Picardie Jules Verne -UPJV, Amiens
Cette communication visera à montrer que les principaux occupants du territoire rural métropolitain, que sont avec les agriculteurs les adeptes de Nemrod, se trouvent amenés, au même titre que l'ensemble des groupes intervenants dans l'espace naturel, à interroger leurs pratiques au regard des exigences de plus en plus normatives du développement durable. Mais à la différence d'autres publics, en particulier en France et tout spécialement en Picardie, les porteurs de fusils ont fait de la prédation une forme d'expression du rapport à la territorialité, devenant via le CPNT des activistes d'un ruralisme renaissant à la surprise générale ; et ce non seulement en France, mais encore en Italie et au Royaume-Uni.
En pensant aux " menaces environnementales ", on perçoit d'emblée les comportements urbains de la modernité triomphante, les dégâts environnementaux pressentis d'un usage exponentiel de la technologie issue des dernières révolutions industrielles, entre autres conséquences du " progrès " technique. On aperçoit beaucoup moins aisément le près des 1,4 millions d’hommes en kaki qui souvent restent les derniers concurrents de l'exploitant agricole, " ré-empaysanné " pour les besoins du marketing de l'image de marque ou encore du touriste en quête d'espaces verts. Il faut reconnaître que les porteurs de fusils se placent aux antipodes des pratiques à la mode. Pourtant, avec le " groupe des 9 " qui anima la rébellion anti Natura 2000, la " passion d'Actéon " fut le principal foyer de contestation, face à une présentation normative des inéluctables nécessités d'adapter nos modes de vie aux exigences écologiques contemporaines. Devant la grippe aviaire, les adeptes de Diane répliquèrent par l'accusation de " grippe pavillonnaire " ; accusés d'être les fossoyeurs d'une campagne vivante et giboyeuse, ils avancèrent leur rôle de protecteurs de la nature, en opposition avec le bétonnage et les intérêts économiques dominants. Encore aujourd'hui, plus des trois quarts de la surface métropolitaine est chassée, parfois même les territoires sont réservés à cet usage, voire n'ont subsisté que par lui (on pense à l'exemple caractéristique de nombre de zones humides).
Leurs aphorismes : " La chasse c'est naturel " ; " la nature est notre culture " fleurent bon le " Regain " de Giono mis en scène par Pagnol, mais la caractéristique première du paradoxe cynégétique, c'est qu'il présente la prédation naturelle comme un mode de vie, dont le maintien est conditionné par la préservation de la faune, donc des écosystèmes lui offrant les habitats adéquats. Or, derrière cette présentation, c'est bien l'identité des groupes sociaux territorialisés qui se trouve en jeu, comme le montre l'étude du vote en faveur du dit " parti des chasseurs ". En un mot, si la formule l'homme est un lieu pour l'homme paraît excessive, force est néanmoins de constater la prégnance des liens à la territorialité hyper localisée, en complément presque logique de la mondialisation ; et ce d'autant plus chez les ouvriers " sauvaginiers ", ces chasseurs de gibier d'eau souvent recrutés dans les classes populaires. En chassant, la majeure partie des pratiquants semble à la recherche d'un temps perdu, parfois jamais connu par les plus jeunes de ces déclassés qui voient dans " leur " territoire la dernière résistance à la délocalisation. " Au moins, notre baie de Somme, elle partira pas à l'autre bout du monde ", mais plus sûrement, c'est l'autre côté de la Manche qui en achètera les plus belles villégiatures. C'est en ce sens que l'étude de la pratique cynégétique intéresse les sciences sociales pour comprendre les transformations de la société française, via les relations entretenues à la nature. Parce que la chasse constitue une forme de fait social total, sa compréhension détient une capacité heuristique pour tenter d'expliquer certaines résistances aux processus de normalisation en cours, comme on l'observe en termes d'éthique à l'adresse de la nature et plus généralement du vivant.
Le texte s'appuiera principalement sur quatre sources :
Une enquête par questionnaires auprès de 5 240 chasseurs de la Somme quant à leurs systèmes de représentations, en regard de leurs identités sociales et pratiques de chasse.
Deux lourdes études sur les sites Natura 2000 de la côte picarde, hauts lieux de la " fièvre cynégétique " et fiefs politiques nationaux du CPNT, complétées par des études comparatives sur deux sites de la basse vallée du fleuve Somme. Au total plusieurs dizaines d'entretiens approfondis, des dizaines de journées d'observation in situ et plus que 600 questionnaires de 90 variables.
Un travail de doctorat en socio-anthropologie sur les dimensions territoriales de l'identité revendiquée par les chasseurs français (Picardie, Haute-Normandie et Pyrénées-Atlantiques).
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BOUDES Philippe : L'apport de la sociologie de l'environnement à l'analyse des modes de vie. Contextes et perspectives
LADYSS/CNRS et LAPSAC/univ. Bordeaux 2
philippeboudes@yahoo.fr
Cette contribution veut montrer comment les sociologues se sont peu à peu intéressés à l'étude des modes de vie en tant qu'ils affectent l'environnement, mais surtout comment ils ont travaillé cette thématique et pourquoi il est nécessaire d'approfondir les démarches sociologiques d'analyse de ces modes de vie et de les ouvrir à l'analyse des phénomènes non strictement sociaux.
Pour ce faire, il paraît nécessaire de revenir d'abord sur les thématiques principales abordées par les sociologues de l'environnement lorsqu'ils parlent des liens entre mode de vie et environnement ; ensuite sur la signification de cette ouverture de la sociologie aux impacts environnementaux des phénomènes sociaux, ici des modes vies des sociétés occidentale et riches.
On reviendra rapidement sur les positions des classiques lorsqu'ils traitent, comme cela est le cas plus souvent qu'on ose le croire, de l'impact des sociétés sur la nature. Mais on détaillera plus longuement un des premiers programmes de recherche en sociologie de l'environnement, celui de W. Catton & R. Dunlap et de sa reformulation des ambitions théoriques d'une écologie humaine en déclin en véritable proposition de recherches thématiques. Pour ces auteurs, la " dominant western worldview " s'accompagne en effet, dans la vie quotidienne, de véritables choix d'ordre démographique, technologique, culturel, social et personnel qui sont à l'origine de la plupart des problèmes d'environnement.
Cependant, pour contrebalancer ce premier point de vue, on poursuivra l'exposé par l'analyse des propositions d'un autre sociologue de l'environnement tout aussi important, F. Buttel. Celui-ci préfère disséquer le contenu même des problèmes environnementaux pour mieux montrer les processus à l'œuvre dans leur apparition sur la scène sociale. Selon lui, il est préférable de s'attaquer d'abord " à ceux qui donnent l'impression que les changements environnementaux sont réels " avant de revenir sur les fondements matériels de ces changements et sur les modes de vie qui y participent.
On le voit, ces exemples présentés ensemble (et auxquels on pourra ajouter les travaux de A. Schnaiberg sur le treadmill of production, afin d'insister sur la différence entre modes de vie et consommation) exhortent à prendre en compte les deux versants des liens entre modes de vie et environnement, c'est-à-dire les bases matérielles autant que les fondements culturels, les aspects écologiques autant que sociologiques.
Les recherches sur les processus qui produisent et modifient les modes de vie ne prennent pas assez en compte ces interactions entre logiques écologiques et sociologiques. En revenant sur un travail de M. Jollivet (Ecosystèmes et systèmes sociaux, 1992) que l'on approfondira, on cherchera à pacifier ces deux logiques en associant les processus écosystémiques aux processus sociosystémiques (qu'ils soient holistes ou individualistes). Le détail de ce projet est simple : si la sociologie et les sciences sociales se limitent le plus souvent à n'étudier que l'action des sociétés sur leurs phénomènes propres, elles doivent désormais s'approprier une partie des phénomènes d'environnement en tant qu'ils résultent des interactions entre nature et société. Pour ce faire, les travaux sociologiques doivent cibler les causes et les conséquences sociales des phénomènes environnementaux.
De ce point de vue, il faut que la sociologie poursuive ses travaux sur les processus sociaux à l'œuvre dans les catégories des modes de vie, mais elle doit aussi prendre la mesure des processus écologiques à l'œuvre dans ces mêmes catégories en tant qu'elles en résultent. L'exemple du travail de longue haleine de Touraine et ses collègues sur " La prophétie anti-nucléaire " illustrera les apports et surtout les limites d'une approche strictement social, et les travaux de Murphy, dont son analyse des effets d'une tempête de verglas sur les comportements quotidiens, viendront rappeler la complémentarité d'une approche en terme d'influence de l'écosystème sur le sociosystème.
A la suite de cette démonstration, on conclura sur les orientations actuelles de la sociologie française de l'environnement en terme d'influence écologique ou sociologique des modes de vies " verts ", en reprenant une nouvelle fois une analyse de Buttel différenciant les pratiques " sous-structurellement environnementales " (pratiques ordinaires qui ont un effet indirect positif sur l'environnement) des pratiques " environnementalement pertinentes " (gestes " verts " qui deviennent quotidiens).
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BRISEPIERRE Gaetan : Les dimensions sociologiques du développement des énergies renouvelables dans l'habitat.
Gaëtan Brisepierre, doctorant en sociologie sous la direction de Dominique Desjeux
CERLIS, Université Paris Descartes
Direction de la Recherche, Gaz de France
gbrisepierre@gmail.com
En France, le développement des énergies renouvelables fait désormais consensus comme une nécessité s'imposant à la société dans son ensemble. Cependant leur rythme de diffusion, notamment dans le bâtiment, reste à l'heure actuelle insuffisant pour espérer atteindre les objectifs fixés dans les politiques nationales. Quels sont les obstacles qui empêchent de passer au stade de " la démocratisation " ou de " l'industrialisation " des énergies renouvelables du bâtiment ? Si cette massification suppose que les technologies soient matures, que les équipements soient concurrentiels ou que les politiques publiques soient efficaces, elle implique également de profondes mutations à la fois dans le mode de vie des ménages ainsi que dans les pratiques professionnelles et l'organisation des acteurs du bâtiment. L'objectif de cette communication est de souligner l'importance des dimensions sociologiques et symboliques pour comprendre le développement des énergies renouvelables dans l'habitat.
Cette communication s'appuie sur un travail de recherche portant sur les processus de décision d'équipement en énergies renouvelables sur les différents marchés du bâtiment réalisé pour le compte d'un énergéticien depuis 2006. Et plus particulièrement sur une enquête de 25 entretiens approfondis menés au domicile de propriétaires de maison individuelle ayant installé des énergies renouvelables. On s'intéresse donc à un cas spécifique où le ménage propriétaire peut exercer sa liberté de choix en matière d'équipement énergétique. Le choix des énergies renouvelables peut alors être interprété comme un révélateur des changements en cours et à venir dans les modes de vie et notamment dans le rapport à l'énergie et à l'habitat. Le choix des énergies renouvelables s'intègre dans un système de pratiques préexistantes qui semblent indiquer une sensibilité " écologique ". Mais en réalité il renvoie davantage à un rapport particulier à la matière qui s'appuie sur une morale du " moins c'est mieux ". Loin d'être l'apanage des écologistes les plus radicaux (habitat bioclimatique…), le choix des énergies renouvelables s'inscrit dans de multiples logiques en cohérence avec des modes de vie et de consommation diversifiés : des logiques axiologiques de recherche de sens ; des logiques identitaires d'affirmation de son statut social ; et des logiques économiques de préservation de son pouvoir d'achat. Enfin le choix des énergies renouvelables semble indiquer une redéfinition du rapport au confort domestique et un élargissement de la fonction attribué à l'énergie. On passerait d'un " confort moderne " où le notion de confort physique est centrale à un " confort post-moderne " mettant en avant un bien être plus immatériel.
NB: Les recherches présentées ici ont été financées par la Direction de la Recherche du Groupe Gaz de France.
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BRITO Gustavo : Une ultime captation de la nature : Les effets du programme brésilien du Bio Diesel sur le peuple du Rio Grande do Norte.
Doctorant à l'Université de Paris 1 et chercheur au CETCOPRA
Le scénario international d'offre et demande de pétrole est incontournablement négatif et la crise qui s'avoisine est, dans ce sens, le plus grand moteur pour l'investissement en énergies renouvelables. Au Brésil, l'initiative du Bio diesel est directement liée à la politique globale du gouvernement, rendue publique par les "Directives de la politique de l'Agroénergie". Ainsi, au-delà de l'objectif d'augmenter la participation d'énergies non-fossiles dans le Bilan énergétique national, deux autres buts centrales du Programa Nacional de Produçao e Uso do Biodiesel sont l'incitation au développement régional et l'expansion de l'engagement de petits producteurs locaux dans l'agriculture énergétique.
Dans ce contexte s'insère la petite municipalité de Guamaré, avec ses 11.000 habitants, au nord de l'Etat de Rio Grande do Norte. La localité, qui se trouve dans la micro-région de Macau, héberge aujourd'hui deux des plus récentes usines de Bio diesel de la Petrobras, et compte sur l'installation du Programa Estadual de Agroenergia da Agricultura Familiar. Le partenariat du Gouvernement de l'état de Rio Grande do Norte avec des entreprises privés et avec le Banco do Nordeste et Banco do Brasil a l'objectif aussi de fomenter le développement des cultures oléagineuses par les agriculteurs locales, en prévoyant l'implantation de 13.000 hectares de tournesol et 15.000 hectares de coton destinés aux usines cités ci-dessus.
La communication présentera une analyse socio-anthropologique des transformations du mode de vie de la petite ville de Guamaré, en se centrant spécifiquement sur les changements de la routine et des objectifs de production des petits agriculteurs de la région. Il s’agit d’un cas concret encore à travailler.
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DEOTTE Martine : L'environnement, le camping et ses usages.
MCF, Département de Sociologie de Caen
Dans ce temps du hors-travail qui ne cesse d'augmenter dans les sociétés économiquement développées, existe une manière bien spécifique de fuir la ville et ses nuisances, d'entrer en résistance, de découvrir le territoire en habitant la nature respectueusement : le camping.
Celui-ci, peu analysé dans le champ des sciences humaines, alors que sa pratique est partagée par un nombre d'individus toujours croissant, s'inscrit dans une histoire déjà longue. Il s'agira ici de saisir et d'analyser ce que camper signifie, symboliquement, politiquement, culturellement, socialement.
Comment s'est transformée au cours des décennies cette pratique sociale ? Comment a été différemment pensé ce mode de vie estival engageant et le rapport à la nature et le vivre ensemble ? Quoi de commun en effet dans les usages et les aspirations, entre la classe de loisir anglaise de la fin du XIXè siècle, la pédagogie des camps de jeunesse protestants, catholiques ou laïcs du début du XXè siècle, la cité idéale et son bon gouvernement des associations mutualistes comme le GCU (Groupement des campeurs universitaires) entre les deux guerres et l'irruption en bord de mer de ces grands ensembles à l'horizontal, véritables parangons de nos cités ?
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Dominique DESJEUX : Quelques exemples filmés d’offres de grandes surfaces à Rio (Brésil) et Guangzhou (Chine) comme analyseur des enjeux à venir de la nouvelle consommation économe dans les pays occidentaux.
La nouvelle forme que prend la mondialisation de l’économie aujourd’hui se déroule dans un contexte différent de celui des 18ème, 19ème et 20 siècles. Le changement le plus marquant est celui de la montée des classes moyennes urbaines dans les pays que l’on appelle les BRICs (Brésil, Russie, Inde et Chine). La montée de ces classes moyennes se traduit par une augmentation de la demande de biens de consommation comme l’électroménager, les objets de la décoration du logement, les aliments à base de protéine comme le lait et la viande, plus certaines céréales, le tourisme, les voitures, Internet ou les nouveaux services bancaires. Cette nouvelle demande internationale entraîne une forte demande en biens énergétiques, en matières premières et en services de transport de marchandises et d’hommes, comme cela s’est produit en Europe et aux USA au 19ème siècle.
Cependant, il y a au moins deux grandes différences de contexte : le premier c’est Internet qui peut, entre autres nombreux changements, limiter à terme une partie des coûts énergétiques de la mobilité, et l’autre ce sont les rapports de force internationaux qui ne permettent pas pour le moment à une nouvelle super puissance de garantir son approvisionnement par le seul succès des armes comme au 19ème pour l’Occident, que ce soit les USA pour le pétrole en Irak ou la Chine pour l’accès aux matières premières dans le monde. Ceci signifie à la fois une plus forte compétition pour l’accès aux bien rares nécessaires à la mobilité, à la production et à la consommation, et donc aussi des risques de tensions militaires.
Le changement de la consommation et des modes de vie au Brésil et en Chine a donc des implications potentiellement fortes sur notre consommation et sur nos modes de vie. L’objectif de ce film est d’évoquer les modes de consommation nouveaux et traditionnels en Chine et au Brésil à travers l’analyse de deux supers marchés en ville. Aujourd’hui c’est la consommation de masse qui est mondialisée et pas seulement celle des seules classes sociales favorisées, comme cela s’est produit aux USA autour de 1920, en France à partir de 1950 et en Chine à partir des années 1995. Cette nouvelle mondialisation rend donc complexe le développement d’une consommation économe, surtout pour les pays qui sont en train d’y rentrer.
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DOBIGNY Laure : L'autonomie énergétique locale : Acteurs, Processus et Usages.
Une comparaison Allemagne, Autriche, France.
Doctorante au CETCOPRA,
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Allocataire de recherche de l'Ademe
Laure.Dobigny@malix.univ-paris1.fr
La question énergétique se situe au cœur de la problématique environnementale, par la double nécessité d'un changement d'énergies et d'une modification des usages. Or, on ne peut aborder distinctement ces deux questions ; les usages énergétiques dépendent en effet fortement de la technique employée - c'est-à-dire aussi socialement choisie, et non pas seulement d'une " responsabilité " ou " éducation aux gestes écologiques ". Et ce, parce que le choix technique engage toujours une certaine conception tant de la nature que de la société, c'est-à-dire aussi inscrit dans un rapport particulier au monde.
Ainsi, à travers une étude sur l'utilisation d'énergies renouvelables en autonomie locale (individuelle et communale) en Allemagne, Autriche et France, nous nous intéresserons aux acteurs et aux différents processus de choix énergétique (indissociables par ailleurs du cadre structurel dans lequel ils ont lieu : politiques et systèmes énergétiques en place, réglementations et mesures d'incitations, territoires et population locale, etc.). Et ce, pour montrer l'incidence de ces mêmes processus dans un changement d'usages ; c'est-à-dire la corrélation existante entre Processus, Techniques, Systèmes énergétiques et Usages. Puisque si les usages se révèlent directement liés à la technique employée (invisibilité ou " dévoilement " de l'énergie), ils varient également en fonction du système - socio-technique - dans lequel cette technique s'insère (coupée du réseau, petit réseau collectif, injection directe ou indirecte dans le réseau, etc.) et restent par ailleurs dépendants de notions inhérentes à cet objet, notamment celles " d'oubli de l'énergie " (pour l'électricité) et de " confort " (pour les usages de chaleur).
Mais il s'agira aussi de s'interroger sur le rôle et la modification du rapport à la nature dans le choix et l'usage d'EnR ainsi que sur les implications, en termes de liens et d'organisation sociale, de l'autonomie énergétique locale.
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DOBRE Michelle : Les capacités endogènes de transformation des modes de vie : la théorie culturelle et la résistance ordinaire.
Université de Caen, CMH-Dyreso
L’histoire culturelle de la consommation montre comment, pour s’établir sous sa forme actuelle, elle a dû surmonter de très fortes oppositions et résistances. Cependant, le modèle économique de la croissance reposant sur une consommation de masse toujours plus grande semble d’autant plus difficile à changer qu’il triomphe à l’échelle mondiale. Les critiques de la consommation matérielle illimitée continuent pourtant à remettre en question ce modèle, principalement sous les bannières du développement durable, de l’écologisme et de l’altermondialisme. Le développement de l’Internet a ouvert la possibilité de répercuter critiques et propositions d’action à des échelles auparavant inimaginables. Sans qu’il soit possible de prendre toute la mesure de l’importance de ces mouvements de contestation du modèle de consommation « illimitiste », j’en retiendrai quelques initiatives des plus significatives (dont un site Internet américain très fréquenté qui dispense des conseils pour « consommer autrement »). Quels sont les conseils dispensés et recherchés par ces consommateurs « alternatifs » ? La vie quotidienne serait-elle le théâtre d’une révolution culturelle ? Assisterait-t-on, à travers le succès de tels mouvements, à l’émergence d’une autre civilisation du confort matériel ?
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FLIPO Fabrice : Les TIC vertes
MCF, Institut National des Télécom
Les travaux que nous avons menés sur l'impact écologique des infrastructures numériques, ainsi que les débats qui ont lieu dans le cadre du Grenelle de l'environnement, les controverses sociotechniques etc. nous poussent à formuler l'hypothèse suivante : les pratiques " écologiques " s'efforcent de reconnaître un " don de la nature ", jusque-là occulté par ce qui se présentait comme " techno-logie " c'est-à-dire progrès technique - et le progrès moral qui devait en découler. L'évolution technique, présentée comme " sans reste ", sans dette, masque la dépendance des modes de vie industrialisés envers les pays fournisseurs de matières premières, qui demandent la place qui leur revient dans le monde de demain, et la destruction sans retour des ressources naturelles - sous-sol et environnement. Dès lors que l'écologie se présente comme une volonté de " rendre à la nature ", elle est une tentative cosmopolitique et permet de construire des " biens publics globaux ". Toutefois le prix à payer pour les pays industrialisés est potentiellement très lourd : ce n'est rien moins que l'existence de l'industrie, que certains identifient à la modernité, qui est mise en cause. Cette perspective permet, à notre sens, de comprendre bien des débats contemporains.
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FOUILLE Laurent : L'attachement automobile et les empêcheurs de rouler en rond.
LARES/Rennes Métropole
l-fouille@agglo-rennesmetropole.fr
Notre propos synthétise les premières avancées d'une thèse de Sociologie intitulée " L'attachement automobile. Des dispositifs de conviction et de contrainte à l'oeuvre dans les collectifs " et qui se propose d'analyser des dispositifs et des acteurs oeuvrant pour nous détacher de nos autos et de nos routines automobiles.
Nous avons choisi le terme d'attachement (Boullier et al., 2003) automobile car il englobe selon nous les différentes définitions de la " dépendance automobile " (Newman et Kenworthy,1989 et 1999; Dupuy,1995, 1999 et 2006; Héran, 2001) en y ajoutant une dimension véritablement sociologique (la norme, la tradition, le libre-arbitre et l'affect) et en supprimant sa lourde connotation médicale et politique. Faut-il vraiment faire la guerre à l'auto et en prohiber l'usage, la vente ou la détention?
De plus, dans son acception latourienne l'attachement est " ce qui fait faire " et nous allons dans ce sens puisque l'attachement automobile est avant tout ce qui fait se déplacer avec ce véhicule plutôt que sans lui ou avec un autre.
L'attachement est un ressort principal de l'action, qui l'enracine dans les êtres et les choses (territoire, habitat, véhicule, outil, etc). On est attaché à des principes, des valeurs et aussi des objets qui en sont l'expression et l'incarnation. Les réseaux sociaux tiennent ensemble une pluralité de mondes grâce au tissage de ces attachements multiples.
L'attachement permet d'aborder la dialogique de la possession (posséder, c'est être possédé) sans en occulter l'ambiguité, ni se perdre en elle. La dépendance à l'égard de l'automobile n'existerait pas sans l'émancipation que procure cette dernière vis-à-vis de l'espace et du temps. On ne devient pas plus libre ou autonome en se séparant d'un outil précieux. On ne peut remplacer cet attachement que par d'autres. Parlera-t-on pour autant de dépendance au vélo au sujet de ceux qui remplaceront le moteur thermique par la pression de leur jambe sur un pédalier ?
Pour reprendre les mots de Bruno Latour (2000) : " L'attachement désigne à la fois ce qui émeut, ce qui met en mouvement et l'impossibilité de définir ce faire faire par l'ancien couplage de la détermination et de la liberté ". Reste à savoir comment sont attachés nos déplacements et si les noeuds qui tiennent ces paquets sont bien ficelés.
Pour comprendre ce qui lie nos modes de vie à notre voiture personnelle, nous nous intéressons à tout ce qui agit dans l'intention de modifier nos habitudes de déplacement. Nous faisons le chemin à l'envers : nous cherchons à comprendre ce qui nous attache en observant l'action de ce(ux) qui tente(nt) de nous détacher. Pour ce faire, notre regard restreint le mode de vie au seul mode de transport. Dans ce domaine, le choix du mode emprunté est crucial et les acteurs qui nous concernent ont pour objectif commun de réduire " le monopole radical de l'automobile " (Illich, 1974; Dupuy, 1999) : diversifier l'offre et l'usage des modes alternatifs et doux, qu'on peut qualifier après d'autres d' " altermobiles ".
Nous avons décidé de laisser de côté les alternatives purement techniques pour lesquelles l'usager n'a aucune prise et reste figé dans le statut de consommateur totalement pris en charge (qu'il soit conducteur ou passager). Ces alternatives techniciennes ne portent que sur les véhicules, les moteurs et les carburants et poursuivent l'idéal d'une " voiture propre ", sans prendre en considération le conducteur et son pouvoir de décision. Une voiture à hydrogène, quand bien même son carburant serait-il produit par hydrolyse de l'eau à partir d'électricité éolienne (Rifkin, 2002) resterait trop consommatrice d'énergie si elle se révélait être le moyen de poursuivre la fragmentation des territoires et l'allongement des distances parcourues. Autrement dit, si on change l'outil sans modifier le comportement de son utilisateur final, il est probable que le problème, bien que déplacé, restera entier.
Nous nous intéressons à la marge de manœuvre que possèdent les acteurs et à leur capacité d'augmenter ce pouvoir de choisir comment se déplacer.
Sous cet angle, nous observons une multitude d'humains qui expérimentent des dispositifs devant permettre une modification des habitudes de déplacement. Ils tentent de démêler le noeud de notre attachement automobile, coupent certains liens et en tissent de nouveaux.
Après avoir expliqué nos choix théoriques nous proposons de présenter les premiers terrains réalisés et les éléments de réponse qu'ils nous apportent.
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GARCIA Ernest et MARTINEZ IGLESIAS Mercedes : La construction, le logement et leurs impacts environnementaux et sociaux.
Universitat de València
Nous présenterons quelques données sur les tendances récentes du secteur de la construction, de l'occupation du territoire et de la consommation en rapport avec le logement dans la société espagnole, à différentes échelles géographiques, avec une référence spéciale au cas du Pays Valencien.
Le logement a augmenté d'une manière très importante sa participation relative aux charges de consommation. Ce phénomène est lié à l'accroissement du nombre de secondes résidences et à l'achat spéculatif. Il engendre une trace croissante sur le territoire et un impact environnemental graves et visibles. La situation reflète, avec une intensité spéciale, une caractéristique récente de l'économie espagnole. En Espagne, entre 1987 et 2000, le sol urbanisé à augmenté de 29.5%. Mais, dans les Communautés de Murcie, Valence, Navarre et Madrid, l'accroissement atteint 50% sur la même période. Dans le Pays Valencien, si les plans d'urbanisation proposés depuis 2001 se réalisaient tous, cela supposerait une augmentation immédiate de 24% de la surface l'asphaltée, avec des coûts et des effets de environnementaux importants tels que la destruction de paysages et la perturbation des conditions de vie.
Le contexte mentionné a été le bouillon de culture d’un conflit qui est arrivé jusqu'au Parlement Européen. Les nouveaux plans d'expansion urbaine ne touchent pas seulement des terres agricoles ou des espaces naturels, mais aussi des zones où les lotissements à basse densité sont très nombreux, souvent de logements bâtis sur sols classés comme ruraux et occupés comme tels dans les décennies précédentes d'expansion touristique-résidentielle. Ce sont surtout les gens qui vivent dans ces zones-là ceux qui se sont mobilisés et maintiennent la protestation. L'analyse essayera de trouver la clé pour comprendre les inter-relations entre les transformations dans les styles de vie, les différentes pratiques de consommation, la dynamique du secteur immobilier et les répercussions en termes d'impacts et coûts environnementaux et sociaux.
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GRANDCHAMP FLORENTINO Laurence et RUDOLF Florence : Le changement climatique au quotidien.
Laurence Grandchamp-Florentino, Dr. en sociologie, MCF à l'université Marc Bloch, membre de Cultures et Sociétés en Europe, UMR 7043, Strasbourg
Florence Rudolf, Hdr. en sociologie, MCF à l'université Marc Bloch, membre de Cultures et Sociétés en Europe, UMR 7043, Strasbourg
Le changement climatique, souvent ramené à la production de gaz à effet de serre dans la " vulgarisation scientifique " et la diffusion sociale, stimule l'invention de dispositifs de veille. C'est à un dispositif de ce type, qualifié de calculateur de gaz à effet de serre, que nous avons été confrontées dans le cadre du suivi d'une opération conduite par une association de quartier de Strasbourg entre 2003 et 2007. L'initiative intitulée - " Neudorf Zone Climatest " - a misé sur le travail du calculateur qu'elle a érigé en actant principal de sa démarche. En centrant ses actions sur la mesure des gaz à effet de serre engendrés par certains postes - alimentation, chauffage, déchet, transport -, l'association parie sur l'information comme principal levier de la transformation sociale : elle établit une relation de cause à effet entre le savoir et la connaissance et à la disposition à l'action et au changement. Lors d'une première phase d'enquête auprès des familles engagées dans l'évaluation de leurs productions de GES au cours des trois dernières années nous avons exploré la réception de la campagne de sensibilisation menée par l'association sur un quartier de Strasbourg par les familles engagées dans la mesure de leurs gaz à effet de serre. Les entretiens ont permis d'identifier les souplesses et les inerties du dispositif ainsi que les résistances des familles à la traduction des informations en nouvelles pratiques de consommation. Les entretiens sont venus confirmer les limites du raisonnement béhavioriste en sociologie. À moins de raisonner à partir du modèle d'un acteur rationnel et de sous-estimer les conflits de valeurs et de rationalités auxquels les acteurs sont confrontés lorsqu'ils soumettent leurs modes de consommation à des processus de rationalisation, il n'est pas possible de réduire le raisonnement des acteurs à de simples calculs. Si la mesure, qui ressort principalement du registre de la rationalisation, peut servir à la modélisation du raisonnement institutionnel, elle est inapte à rendre compte de la réflexivité des acteurs à propos de leurs modes de consommation et de vie. On ne peut donc pas miser uniquement sur le recours à la mesure pour infléchir des pratiques inscrites dans des modes de vie et des identités individuelles et collectives. La deuxième phase d'enquête qui débute actuellement est centrée sur l'affinement des logiques des acteurs. Nous chercherons à identifier les motivations et les initiatives des familles, ainsi que leurs résistances au changement. Notre attention sera moins portée sur le calculateur, dont nous avons pointé les limites dans la première phase, que sur l'identification des médiateurs - non humains et humains - sur lesquels les familles s'appuient dans leur tentative de conversion.
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JUAN Salvador : La relation modes de vie - environnement comme question sociologique.
Les modes d’alimentation, les formes du loisir et les types d’espaces résidentiels engendrent des déplacements – surtout motorisés – plus ou moins routiniers dont l’impact écologique est très important. Inversement, les transports de marchandises et les déplacements de personnes exigent des consommations de moyens énergétiques et de matières premières, tout comme la production des aliments, du bâti et des loisirs. Ces itérations et boucles de rétroaction systémiques ont leur reflet dans les pratiques de consommation telles qu’elles sont ordinairement vécues par les personnes. Outre l’hédonisme, superstructure du productivisme, et la baisse des prix de certains produits manufacturés importés, c’est l’interdépendance des usages qui explique essentiellement l’augmentation de la consommation et la difficulté de changer les modes de vie vers plus de « durabilité » dans un contexte de conscience sociale de plus en plus aiguë des problèmes d’environnement ; d’où les mécanismes de compensation partiels, morcelés et contradictoires que certains individus mettent en œuvre pour réduire la dissonance. La vocation de la sociologie de l’environnement centrée sur la consommation, et donc l’objet de ce colloque, est de comprendre ces tensions et ces paradoxes.
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LOWY Elise : Consommation et qualité de la vie
De nombreux chercheurs ont déjà souligné combien la surconsommation est explicitement productrice de non-qualité de la vie. Le calcul de l’empreinte écologique humaine montre en quel sens l’impact du fonctionnement de la sphère économique sur la biosphère se situe bien au-delà des capacités de régénération de cette dernière. L’homme est devenu cette « force géologique planétaire » dont parlait Wladimir Vernadsky, l’inventeur du concept de biosphère, dans les années 1920. Si tous les êtres humains avaient le même niveau de consommation que ceux d’entre eux qui sont les plus riches, la planète ne pourrait subvenir aux besoins que d’à peu près 600 millions de personnes (L’Atlas de l’environnement, Le Monde diplomatique, 2007). Le contexte actuel est donc celui de la démesure, c’est-à-dire de l’absence de limite à l’accumulation des richesses, alors même que nous sommes face à une finitude du monde et à des ressources limitées. Dans nos sociétés occidentales, « l’hybris, la démesure du maître et possesseur de la nature, a pris la place de l’antique sagesse qui consistait à s’insérer dans un environnement exploité de façon raisonnée ». Des limites biologiques viennent aujourd’hui encadrer le champ des types de sociétés possibles (Ernest Garcia, Los limites de la planeta). Mais à l’intérieur de ces limites, il semble rester une certaine marge de manœuvre humaine dans les choix de sociétés à venir, par exemple en matière de rythme d’épuisement des ressources plus ou moins rapide ou encore de construction ou non de formes d’organisation sociale démocratiques.
Dans un premier temps, nous verrons en quel sens certains modes de consommation « verts », qui se sont développés parallèlement à une conscience de plus en plus aigue de la crise écologique, soulèvent de sérieuses questions. L’exemple qui nous semble le plus illustratif concerne les agrocarburants. Présentés initialement comme une solution « écologique » visant à diminuer les émissions de gaz à effet de serre, ces derniers s’avèrent à l’origine d’une crise alimentaire sans précédent.
Nous préciserons, ensuite, dans quelle mesure, à la « consommation verte » et ses limites, sont opposées, notamment par les « objecteurs de croissance », la nécessité d’une autolimitation de la consommation et celle d’une relocalisation de la production. L’analyse de Georgescu-Roegen, à savoir celle d’une dégradation inéluctable de la « dot entropique de l’humanité » est privilégiée. Les « objecteurs de croissance » insistent sur une autolimitation librement choisie pour souligner le risque d’autoritarisme qui existe à travers le contrôle des matières premières en voie de raréfaction. Bien que les « objecteurs de croissance » précisent que la décroissance doit être comprise comme un mot d’ordre, un imaginaire radical – et que ce n’est pas aux maigres à qui l’on demande de faire un régime – certains font de ses défenseurs des « contempteurs des droits sociaux et des aspirations légitimes » des plus pauvres à bénéficier des « fruits de la croissance ».
Nous montrerons, enfin, que derrière ce débat sur la décroissance et sur l’autolimitation de la consommation, plusieurs questions sont posées avec force. En premier lieu, celle de la répartition des richesses : dans quelle mesure une autolimitation de la consommation des plus riches permettrait de répondre aux besoins fondamentaux des plus pauvres ? Ensuite, celle du niveau de consommation en deçà duquel les individus se trouvent en situation de pauvreté, mais également celle du niveau de consommation au-delà duquel consommer n’apporte pas de gain supplémentaire en matière de qualité de la vie, voire au contraire la dégrade. Enfin, et surtout, se pose la question de la nature de la consommation, tant il est vrai que la dimension qualitative est essentielle et doit venir s’ajouter à la dimension quantitative.
Pour conclure, nous verrons que c’est aussi du côté de la production, et plus précisément des modes de production alternatifs (circuits courts) et non uniquement de la consommation qu’il convient d’appréhender la qualité de la vie.
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MATHIEU Nicole : Confronter les concepts de mode de vie et de mode d'habiter pour appréhender ce qui, face au développement durable, change les personnes .
L'appel à communication Environnement mode de vie a un double intérêt : d'une part parce qu'il met en son centre la question cruciale de la durabilité dans sa relation avec les comportements quotidiens des personnes, d'autre part parce qu'il remet en cause la notion de " consommation " pour appréhender le sens - symbolique et matériel - des changements des consciences face aux enjeux écologiques et de développement durable ainsi que les liens existant entre les pratiques d' " alimentation, logement, déplacement et loisirs ". Autour de l'idée de " frugalité ", le concept de mode de vie qui englobe et enrichit celui de consommation prend d'autant plus une valeur heuristique qu'il est apte à rendre compte des nouveaux processus qui produisent des pratiques écologiques et de consommation durable. Mais quelle est sa portée par rapport à celui de mode d'habiter qui tente de concevoir et le rapport - peu connu - à la matérialité des personnes et le lien qui s'établit entre tous les actes -avec leurs incidences écologiques - de la quotidienneté (manger, travailler, se loger, circuler, vivre ensemble). Autrement dit la présente proposition est un appel à confronter ces deux concepts : d'abord en revenant à leurs fondements et en enrichissant le concept géographique de genre de vie (Maximilien Sorre en particulier) par les perspectives plus sociologiques d'auteurs anciens (tels que Halbwachs) ou de sociologues contemporains ayant utilisé le vocable ; ensuite en évaluant leur capacité à rendre compte des processus de changements en cours face à la question environnementale et à l'utopie du développement durable.
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MOUSSAOUI Isabelle : Vers une génération de la modération? Pratiques, représentations et systèmes de consommation énergétiques selon les âges sociaux.
Anthropologue
EDF R&D
1 avenue du Général de Gaulle
92141 Clamart cedex
01.47.65.35.99
isabelle.moussaoui@edf.fr
Existe-t-il des différences de comportements et de représentations énergétiques selon les âges sociaux, les étapes de vie, les générations ? Est-ce que le rapport à l'énergie et en particulier les comportements " d'attention énergétique " sont de bons révélateurs du passage d'un âge de la vie à un autre ? Dans une société d'abondance mais aussi de raréfaction des ressources et de montée des préoccupations environnementales, et dans une société qui développe les concepts de " développement durable " et de " générations futures ", nous faisons l'hypothèse que l'analyse en termes de cycle de vie permet d'apporter un regard renouvelé sur le lien entre environnement et modes de vie.
A partir de plusieurs enquêtes socio-anthropologiques qualitatives menées à EDF R&D(*) , nous proposons de montrer les évolutions de comportements et de représentations des " économies d'énergie ", qui forment autant de micro-rituels du quotidien participant aux " passages " d'un âge de la vie à un autre.
Nous montrerons ainsi comment l'enfant, très sollicité par les campagnes de sensibilisation environnementale, mais aussi par les offres marchandes d'objets consommant de l'énergie, acquiert une autonomie croissante en " jouant " à la fois sur la consommation et sur la modération, au sein de la famille ; comment les adolescents utilisent l'énergie dans leur rapport transgressif à la famille et aux objets ; comment les jeunes adultes doivent inventer de nouveaux modes de vie, à partir des apprentissages familiaux et de leurs nouvelles contraintes ; comment les adultes cherchent à gérer confort et modération. Les " économies d'énergie " sont très présentes, en tant que contrainte ou en tant que ressource dans la construction des identités sociales, mais elles sont inséparables de la société de consommation. Nous nous attacherons donc à montrer les freins sociaux mais aussi les mécanismes facilitateurs pour une plus grande sobriété énergétique dans les comportements des ménages français. En particulier, chaque âge de la vie cherche un équilibre (précaire) entre deux normes sociales, l'une bien ancrée (l'identité par la consommation), l'autre émergente (le concept de modération), pour réaliser ses objectifs d'autonomisation progressive puis de confort de vie.
(*) : Cet article se base sur quatre enquêtes, réalisées entre 2004 et 2008 : Une enquête auprès de 40 ménages avec enfants (bas âge, adolescents, venant de partir du domicile), accédant à la propriété (Région parisienne et Angers), une enquête auprès de 18 enfants allant à l'école primaire et leur famille (Région parisienne et Rennes), une enquête auprès de 15 lycéens (Région parisienne et Bretagne), une enquête auprès de 15 jeunes adultes habitant dans un premier logement indépendant (Région parisienne).
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NEMOZ Sophie : L' " éco-logis " : la construction sociale d'un autre cadre de vie ou d'un mode de vie écologique ?
Doctorante en sciences sociales
Rattachée au Centre de Recherche sur les Liens Sociaux
Allocataire de l'ADEME et du PUCA
sophie.nemoz@gmail.com
Depuis la conférence " Habitat ", tenue par les Nations Unies en 1976 qui est à l'origine du concept " des établissements humains " englobant non seulement le logement mais aussi sa construction et son implantation spatiale, les pays industrialisés perçoivent plus largement les enjeux écologiques que l'hébergement des hommes soulève. Que ce soit dans le neuvième chapitre du Rapport Brundtland intitulé " Le défi urbain " ou avec " La promotion d'un modèle viable d'établissements humains ", septième objectif du Programme d'actions pour le XXIe siècle adopté à Rio, l'" éco-logis " paraît figurer comme un objet de changement social. Par ce néologisme, est en effet entendu tout espace résidentiel conçu dans un souci de moindre nuisance pour l'environnement.
Issue d'une recherche doctorale en cours de facture sociologique, cette communication consiste à analyser empiriquement cette innovation. En préférant ce terme à celui de " changement " qui suppose de comparer deux états, il s'agit ici de saisir le processus qui conduit à la modification des modes d'habiter. Autrement dit, cette démarche cognitive cherche à retracer le lien entre production, distribution et occupation d'" éco-logis ". Elle s'est appuyée sur le parcours de ses différents horizons résidentiels à l'intérieur du territoire français : la construction et la réhabilitation, la maison individuelle et l'habitat collectif ainsi que sous des maîtrises d'ouvrage publiques et privées, enfin à travers divers statuts d'occupation (propriété et location). Ces terrains d'étude ont été retenus selon une méthode qualitative dont le principe est celui de la diversité et approfondis in situ par des entretiens avec leurs principaux acteurs, professionnels et domestiques (soit une soixantaine d'entrevues au total). Ainsi, nous verrons tout d'abord que s'ils ne sont plus seulement des pionniers minoritaires, les bâtisseurs d'" éco-logis " ne représentent pas pour autant un mouvement social unifié mais plutôt des construits humains, désormais contingents à une pluralité de facteurs. Aussi, nous questionnerons par la suite leur capacité à animer un mode d'habiter plus respectueux de l'environnement. Dans quelle mesure l'appropriation quotidienne de ces cadres de vie se concrétise-t-elle par des modes de vie plus écologiques ? A partir de nos divers postes d'observation située, il apparaîtra que les déterminants décisifs de l'habitation d'un " éco-logis " ne se limitent pas aujourd'hui à un style de vie écologique. De plus, si cet espace matériel peut susciter des usages qui s'en rapprochent, nous découvrirons que ses habitants ne les identifient pas nécessairement comme tels et que dépourvus de cette représentation symbolique, ces gestes restent parcellaires plus qu'ils ne forment une communauté de pratiques.
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OUANNES Moncef : L'incidence des politiques environnementales sur les modes de vie en Tunisie.
Professeur de sociologie
Université de Tunis
ouannesm@yahoo.fr
Notre communication essaie de comprendre les différentes caractéristiques de la politique environnementale en Tunisie, et ce, en analysant le discours officiel mais aussi les politiques publiques et leurs concrétisations dans le vécu de la société. La Tunisie se présente sur le plan officiel comme étant un pays extrêmement sensible aux questions environnementales et soucieux d'établir un équilibre entre le développement et l'environnement, mais quelle est le bilan qu'on pourrait établir ?
C'est-ce que nous allons essayer de comprendre pour mieux voir l'efficacité des choix officiels en matière d'environnement et leurs retombées sur les modes de vie des différentes composantes de la population tunisienne. Y a-t-il vraiment une concrétisation des choix stratégiques du gouvernement dans le domaine de la protection de l'environnement ? Peut-on parler d'une certaine amélioration des conditions de vie ou d'un échec dans la modification des modes de production et de consommation ?
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PASQUIER Sylvain et PIERRE-MARIE Emmanuelle : La co-territorialité dans un même environnement.
CIRTAI, Université du Havre et Sylvain Pasquier, CEReV, Université de Caen.
Comment une installation résidentielle motivée par l'attrait pour la campagne et accompagnée par des discours écologiques se paye du prix de mobilités automobiles accrues et d'un rapport au territoire rural étranger à sa définition locale ? Telle est la question de départ qui guide la réponse à cet appel.
Elle s'appuie sur une recherche menée par une équipe pluridisciplinaire de géographes et de sociologues en 2006 et 2007(*) sur les mobilités résidentielles des " havrais " venus s'installer sur la rive sud de l'estuaire de la Seine. Les deux rives de l'estuaire se caractérisent par leur opposition : urbaine et industrielle d'un côté, rurale campagnarde et touristique de l'autre. L'accès par le pont de Normandie en 1995 a libéré subitement un mouvement de périurbanisation a priori classique. Il a conduit néanmoins à une transposition du sens de la frontière plutôt qu'à sa suppression. Comment une fois installée, une population particulière, qui a su tirer profit d'une nouvelle opportunité foncière, a-t-elle " fait territoire " sans véritablement intégrer la définition de celui-ci incarnée dans les usages et les représentations des populations locales?
Cette population très mobile, dans ses parcours résidentiels comme dans ses parcours quotidiens, fait un usage du territoire marqué par des circulations qui le fragmentent au gré de différentes pratiques. À une multiterritorialité géographique s'est alors substitué un territoire difracté se recomposant autour des familles ou des personnes. Ce partage se fait plus particulièrement sentir dans le rapport à une nature authentique. D'une part, les pratiques des navetteurs définissent deux univers fonctionnels entre lesquels le pont et son temps de passage font figure de sas : les deux rives deviennent distinctement cadre de vie d'exception, terrain de loisirs, espaces de découvertes et de détente, cocoon domestique construits en opposition aux espaces économiques et professionnels, liés davantage aux contraintes de la vie moderne. D'autre part, ces néo-ruraux sont les vecteurs d'une urbanisation de ces " espaces naturels " usant des loisirs circulatoires à l'image écologique comme la randonnée ou le vélo.
Une nouvelle frontière est donc venue remplacer l'ancienne en transposant le sens de son opposition. Elle cloisonne les modes de vie de cette population et se marque également socialement en distinguant les migrants résidentiels et pendulaires des populations plus anciennement installées. La conquête du territoire par la mobilité contraste avec l'intégration traditionnelle des habitants lui appartenant. Cette population semble être venue se superposer à une autre produisant l'illusion de son assimilation en recouvrant par mise en visibilité de ses pratiques un tissu social pré-existant. Le concept de " co-territorialité " s'efforce de montrer la manière dont co-existent, sur un même espace physique, des formes de socialisation étrangères impliquant des rapports au temps et aux autres différents ainsi que des modalités d'inscription sur le territoire opposées.
(*) : Outre les deux auteurs de cette proposition, participaient à cette recherche Madeleine Brocard, Professeur, géographe et Laurent Lévèque, Maître de Conférences associé, géographe, chercheurs au CIRTAI-UMR CNRS IDEES.
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RAINEAU Laurence : Quelle possible diffusion de techniques et pratiques énergétiques " durables "? L'enseignement des écoquartiers.
Cetcopra, université de Paris I.
Des habitants d'écoquartiers en ville, de certaines communes ou villages, ou certains individus en milieu rural adoptent des pratiques et des techniques plus sobres en énergie et, la en matière, utilisent des énergies alternatives et s'insèrent autant que possible dans une économie locale pour satisfaire leurs besoins alimentaires ou manufacturés. Au-delà de ces comportements et techniques novatrices, ce sont donc de nouveaux modes de vie, qu'on peut qualifier de " durables ", qui se mettent en place. Mais quel est leur impact sur la dynamique de changement dans les sociétés occidentales ? Comment ces nouvelles pratiques et représentations peuvent-elles se diffuser dans la société ? L'exemple de deux écoquartiers, Bedzed (Londres, GB) et Vauban (Fribourg-en-Brisgau, Allemagne), nous permettra d'esquisser quelques réponses à ces questions. Car même si ces îlots exemplaires s'essaiment peu (ou pas) dans leur environnement urbain proche, leur étude est riche d'enseignements pour comprendre ce qui favorise ou limite la diffusion des techniques et des pratiques qui y sont majoritairement adoptées. Il s'agit ici de se demander ce qui, en amont de la sensibilisation et de la prise de conscience, pourrait conduire des individus ou des collectifs à imiter ces exemples. L'imitation peut en effet influencer nos choix au même titre que les infrastructures, les artefacts et les institutions, ou les variables économiques et les incitations politiques. Et à travers l'imitation de techniques et de pratiques, ce sont in fine de nouveaux rapports au monde, à l'énergie, à la nature et aux autres qui se dessinent. La sensibilisation aux problèmes énergétiques et écologique auxquels notre société est confrontée pourrait alors devenir le résultat (et non plus seulement la cause) de pratiques et de techniques imitées. Comme l'a montré Gabriel Tarde, l'imitation est en effet une pratique sociale fondamentale par laquelle des changements culturels et une évolution des croyances collectives peuvent se diffuser dans une société. Elle nous permettra d'introduire le rôle de la norme sociale en matière de comportement et de choix techniques.
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ROUGE Lionel : Les lotissements du périurbain lointain toulousain : une mal-vivre durable ?
MCF Géographie
Université de Caen - CRESO
Esplanade de la Paix
14032 Caen
Tel : 02 31 56 66 27
Lionel.rouge@unicaen.fr
La recherche menée dans le cadre d'une thèse soutenue en avril 2005 par enquêtes dans des communes périurbaines localisées en " 4ème couronne toulousaine ", peu ou pas desservies par les transports en commun et mal équipées, avait montré en quoi l'accession à la propriété et l'installation dans ces espaces pouvaient s'avérer décevantes voire " douloureuses " pour les ménages d'ouvriers, d'employés voire de " petite classe moyenne " ne disposant que d'un seul salaire. Les ménages rencontrés avaient développé une mobilité résidentielle pour partie dominée par des contraintes financières, de localisation et de type de construction et caractérisée par une forte mobilisation : risque de surendettement, nécessité d'apporter des améliorations au pavillon en raison de la mauvaise qualité de la construction initiale, restrictions sur les autres postes de consommation. À cela s'ajoutait pour plusieurs d'entre eux le risque d'aléas professionnels : perte du travail, chômage… Autant d'éléments qui sont venus perturber l'effectivité du modèle pavillonnaire. Loin d'habiter une maison " sans problème et dans laquelle il ferait bon vivre ", ils sont également apparus soumis à une nécessaire adaptation à une compétence de mobilité amoindrie : un seul permis de conduire, une seule voiture par ménage, aboutissant souvent, en particulier pour les femmes et les adolescents, au sentiment d'un réel enfermement. Frustrées par leur incapacité à faire fonctionner pour elles-mêmes un mode de vie qui correspond aujourd'hui à une " normalité " sociale, ces familles tendaient à se retrancher à l'intérieur de leur maison, sans toutefois y trouver une satisfaction ou une forme d'apaisement. Le décalage apparaissait en tout cas grand entre des aspirations proches de celles de la " classe moyenne " et la difficulté à les réaliser, décalage qui, s'il ne les inscrivait pas dans une trajectoire régressive, leur donnait néanmoins le sentiment d'être bloqués dans leur parcours de vie.
Cette recherche, aujourd'hui réinterrogée par un retour sur le terrain apporte un nouvel éclairage sur ces territoires et leurs modalités de peuplement. Dans le contexte toulousain d'une forte croissance de la population, d'une élévation des prix de l'immobilier et du foncier, d'une poursuite de la périurbanisation, ces ensembles d'habitations, hier en retrait, aux marges des communes, ont évolué de manière différenciée tant dans leur morphologie que dans leur peuplement.
Derrière ce changement ou maintien social il s'est agit de comprendre d'une part quelles aménités les nouveaux propriétaires ont trouvées à ces pavillons et à ces lieux auxquels leurs premiers occupants en trouvaient bien peu ; d'autre part ce qu'il est advenu des ménages que nous avions rencontrés et décrits comme des " captifs ". Comment ont-ils évolué dans leurs modes de vie ? Observe-t-on encore des pratiques sociales sous contraintes, des immobilités subies et de la " déliaison " sociale ? Celles-ci se sont-elles avivées, diffusées ou ont-elles au contraire régressé ? Et surtout, ces ménages sont-ils parvenus à développer des stratégies d'adaptation aux contraintes (surinvestissement de leur pavillon, implication dans le " local ") qui leur ont permis de surmonter désarroi et insatisfactions ?
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SEMAL Luc : Militer pour la construction de la société post-carbone. Analyse comparative des stratégies de deux mouvements : la Décroissance française et la Transition britannique.
Doctorant au CETCOPRA (Centre d'étude des techniques, des connaissances et des pratiques.)
Directeur de thèse : Alain Gras.
120, rue du Jardin des Plantes
59000 Lille
lucsemal@voila.fr
La réflexion institutionnelle sur la construction d'une société post-carbone (c'est-à-dire peu dépendante des énergies fossiles et peu émettrices de gaz à effet de serre) est aujourd'hui largement engagée, mais elle s'intéresse surtout à des solutions techniques de grande ampleur (enfouissement du carbone, promotion de voitures " propres ", etc.). Parallèlement à cette réflexion institutionnelle, et dans différents pays industrialisés, des mouvements sociaux ont émergé qui tentent d'inventer des formes nouvelles de dynamique collective pour construire des sociétés post-carbone, en axant leur réflexion sur l'évolution des modes de vie plutôt que sur l'attente de solutions technologiques.
Parmi ces " mouvements post-carbone ", nous proposons d'en comparer deux : celui pour la décroissance en France, et celui pour la transition au Royaume-Uni. Cette comparaison a pour intérêt de montrer comment des propositions techniquement comparables (relocalisation de l'économie, modes de transport doux, relocalisation de la production alimentaire, etc.) peuvent structurer des stratégies d'acteurs différentes.
Les deux mouvements sont apparus indépendamment l'un de l'autre, ce qui laisse penser qu'il existe un contexte favorable à l'émergence de ce type de mouvements : renouveau de la réflexion sur l'effondrement, précision progressive des scénarios liés au pic du pétrole et au changement climatique, sentiment d'urgence, etc. Sur ce socle commun, Décroissance et Transition cherchent à construire des visions d'un avenir désirable, où l'évolution des modes de vie est la solution privilégiée. Mais là où la Décroissance identifie des adversaires et propose le macro-objectif d'une " société de décroissance " sans toujours proposer de moyens à la hauteur de l'ambition, la Transition propose une méthode centrée sur des micro-dynamiques locales de reconstruction de la résilience locale sans s'intéresser aux conflits sociaux qui pourraient en naître.
Nous tâcherons notamment d'étudier quelles sont les forces et les limites des stratégies de ces deux groupes d'acteurs dans leur objectif d'invention collective de modes de vie post-carbone, et de montrer les perspectives de convergence et d'enrichissement mutuel de ces différentes approches de la question.
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SEMPERE Joaquin :Évolution des besoins dans la perspective d'une organisation socioéconomique durable
Université de Barcelone
Dans le cadre de la théorie des besoins humains (Doyal, Gough, Max-Neef), on a souligné, en plus des besoins purement biologiques, les besoins psychosociaux, tels qu'autonomie, protection, amitié, connaissance, participation, création, loisir ou identité. Mais ces élaborations théoriques recherchent une soi-disant universalité des besoins que je considère illusoire. Les besoins évoluent historiquement sur la base de l'évolution technique et du mimétisme social. Les techniques apportent des potentiels et des raffinements qui souvent commencent comme des luxes, mais qui sont redéfinis comme des besoins si la richesse matérielle le permet (la lumière électrique, par exemple). La concurrence sociale autour de signes de prestige ou de distinction fait le reste, surtout dans les sociétés modernes, où les inégalités de classe sont des différences de fait et non de droit, et où, par conséquent, tout le monde peur aspirer à n'importe quelle valeur sociale. Il faut, par conséquent, reélaborer la théorie des besoins sur une base historiciste. Chaque société, chaque groupe social, dans chaque circonstance, définit un système de besoins qui conditionne les préférences des individus. Si on entend par besoin un manque qui détermine la conduite humaine de façon impérieuse, on ne peut pas réduire les besoins humains à la faim, la soif, l'autonomie et la participation. L'équipement industriel, domestique, de transport, etc. courant dans une société contemporaine compose un système de besoins dont la satisfaction comporte un fort impact écologique. La nécessité de réduire la dégradation de la biosphère et d'établir une organisation socio-économique durable comporte, donc, l'obligation d'un nouveau système de besoins qui transforme le métabolisme socio-naturel entre la biosphère et l'espèce humaine. La question se pose: est-ce possible une auto-régulation (collective) des besoins qui simplifie le métabolisme socio-naturel?
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SZUBA Mathilde : Le rationnement comme politique environnementale.
Doctorante rattachée au CETCOPRA
Thèse dirigée par Alain Gras
mathildesz@yahoo.co.uk
Le rationnement de l'énergie, une politique qui a été pratiquée exceptionnellement lors de pénuries ponctuelles (Seconde Guerre Mondiale, crise de 1973…), pourrait refaire surface dans la panoplie des décisions publiques comme instrument de politique environnementale.
Mais si le rationnement était appliqué de nouveau, ce serait dans un contexte très différent : il ne s'agirait plus seulement de distribuer équitablement une ressource rare, mais également d'atténuer notre impact sur le climat. La crise énergétique et la crise climatique se rejoignent dans le rationnement du carbone.
Cette logique de rationnement est déjà à l'œuvre dans le Protocole de Kyoto, qui attribue aux entreprises des permis d'émissions de CO2 en nombre limité. Le même système pourrait-il être transposé au niveau individuel ? C'est ce qu'envisagent un certain nombre de centres de recherche britanniques, soutenus par le Ministère de l'Environnement. Sous les noms de Personal Tradable Quotas, Tradable Energy Quotas ou Personal Carbon Allowances, ces centres de recherche ont développé le même principe de quotas individuels d'énergie fossile, échangeables sur un marché.
Ce type de mesure représenterait une nouvelle étape dans le déploiement des politiques environnementales, puisque cette fois l'Etat envisage d'avoir recours à la contrainte pour modifier les modes de vie des Britanniques. Bien sûr des mécanismes sont prévus pour garder un minimum de souplesse et d'adaptabilité, mais néanmoins le principe d'un maximum national d'émissions de CO2 à ne pas dépasser est a priori inamovible. Or, pour garantir le respect de ce maximum et vérifier que les individus ne consomment pas plus d'énergie fossile que ce à quoi ils ont droit, il est indispensable de mettre en place un système de suivi précis des consommations. Ce système, qui frôle parfois l'ingérence, pose la question suivante : jusqu'où peut-on modifier le comportement/ mode de vie des individus sans devenir intrusif et sans menacer leur vie privée ?
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VINCENT Stéphanie : De l'adoption d'un mode altermobile sur le trajet domicile-travail : mise en évidence des processus amenant à des usages de déplacements plus durables .
Docteur en sociologie.
Face aux grands enjeux environnementaux du 21ème siècle, les pratiques de déplacements automobiles se trouvent questionnées ; parallèlement, des usages alternatifs à la voiture individuelle semblent émerger. Ces nouveaux usages de déplacements ont été interrogés dans une recherche de doctorat mobilisant des entretiens de vie centrés sur les modes de déplacement. Cette recherche vise à comprendre les processus de décision amenant les individus à utiliser non plus la voiture individuelle, mais le vélo, les transports en commun ou encore le covoiturage sur leurs trajets domicile-travail. Ces trois types de modalités de déplacements alternatives à l'autosolisme(*) sont regroupées sous le néologisme d'altermobilités.
Si les choix modaux de l'adolescence et de la jeunesse se font par tâtonnement, l'entrée dans l'âge adulte implique une cristallisation des habitudes. Dans la majorité des cas, les habitudes se figent au profit de l'automobile ; mais dans d'autres, ce sont des habitudes alternatives qui sont prises. Il apparaît ainsi quatre grands types de processus de choix d'un mode altermobile sur le trajet domicile-travail. Le premier se décrit en termes de constance des usages tandis que les trois autres impliquent un changement d'habitudes. Les changements apparaissent dans des contextes biographiques propices à la recomposition des habitudes ; ils mobilisent également des dispositions à changer de mode et des déclencheurs. Les trois processus de changement sont définis par les déclencheurs du changement, selon que ces derniers sont liés à la contrainte, l'engagement ou l'opportunité. Il apparaît ainsi que le choix d'un mode de déplacement altermobile sur le trajet domicile-travail se trouve au cœur d'un système d'analyse complexe, dont la structure pourrait être transposée à d'autres types de comportements écologiques.
(*) : Nous entendons par " autosolisme " le fait de se déplacer seul dans son propre véhicule. Cet usage s'oppose donc au covoiturage, c'est-à-dire à l'usage collectif d'un même véhicule.
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WALLENBORN Grégoire : Quelle est l'ontologie de la consommation ? Quelques constats et un devenir possible.
L’offre domine la consommation. On le constate dans les mécanismes du marché, mais aussi dans la manière de penser la consommation. Aujourd’hui notre idée de la consommation est essentiellement dérivée d’une idée de la production. Mais, plus grave, elle est la plupart du temps pensée comme modalité (ultime) de la production. Berthoud fait remonter ce mode de pensée à l’économie politique au XVIIIe siècle, qui dans le même mouvement a pris la notion de travail sous sa coupe. Le travail est aujourd’hui avant tout défini comme un principe d’équivalence (valeur d’échange), alors qu’il était autrefois défini comme travail des corps. La consommation est la plupart du temps définie comme l’usage de produits, c'est-à-dire de biens matériels et de services. La consommation est dès lors principalement perçue comme un résultat de la production, et n’est pas considérée dans ses dimensions autonomes.
L’économie politique a exclu de la définition de la richesse plusieurs notions essentielles : relation au corps, à la pensée, aux mots des autres, à leur travail, à la nature. Nous ne consommons pas uniquement des produits, mais aussi du temps, de l’espace, de la présence des autres, etc. Consommer c’est aussi s’approprier, user, apprendre, parfois domestiquer, incorporer. Et c’est surtout un grand plaisir ! Comment rendre compatibles ce plaisir et l’ensemble des relations qui sont irrémédiablement tissées dans les pratiques ? C’est là sans doute une autre manière de poser le problème de la « consommation durable ». Il est aujourd’hui difficile de penser la compatibilité des désirs individuels avec des pratiques qui soient inscrites dans des relations effectives avec les différents êtres. Cette modalité de la consommation est en effet peu visible. Si on analyse différentes figures du consommateur, on constate qu’il est plus souvent considéré comme agent économique rationnel, agi par ses motivations et valeurs ou tout simplement hédoniste, que comme être vivant, fait d’un corps inscrit dans des pratiques et entre des objets. Chaque figure du consommateur renvoie à une ontologie, c'est-à-dire à une distribution d’êtres et de relations. Les ontologies invoquées sont plus ou moins riches. Mais elles ont toutes leur importance, leurs effets bien concrets et perceptibles. Le seul point de vue logique ou empirique ne permet pas de faire un tri entre ces ontologies. Le consommateur est-il citoyen, travailleur, spectateur ? Tout cela à la fois, plus ou moins.
De quelle(s) ontologie(s) avons-nous besoin pour aborder la question de la consommation ? Puisque les ontologies des corps, des pratiques, des objets et des êtres vivants sont peu explorées, ne serait-ce pas là des pistes à suivre ? Comment donner suffisamment d’autonomie à la sphère de la consommation, conceptuellement et pratiquement ? Cette question est importante pour aller vers des pratiques orientées par la demande, et non plus par l’offre. La demande sociale est aujourd’hui inarticulée. Que serait une ontologie expérimentale de la consommation ?
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ZACCAÏ Edwin : Les dix contradictions de la consommation durable.
Je propose de formuler les questions en jeu dans la problématique de la consommation durable sous la forme d'une série de contradictions. Ces contradictions agissent comme des freins puissants aux évolutions envers les objectifs déclarés. Pour certaines d'entre elles, on n'aperçoit que peu aujourd'hui comment une résolution dans le sens de ces objectifs serait possible. Dès lors le fait de tenter de les mettre en évidence peut agir comme un "reminder" de la toile de fond sur laquelle les actions tentent de prendre place. Pour d'autres, il existe des voies étroites, partielles, dans lesquelles des changements peuvent s'engager, et les contributions vont tenter d'en préciser un certain nombre. Dans tous les cas, le privilège académique est peut être ici d'assumer la possibilité de rappeler l'existence de conflits et contradictions, sans pour autant prétendre qu'il existe, dans le cadre de la consommation durable telle qu'elle est posée aujourd'hui, des politiques capables de les surmonter. Pour ponctuer chacune de ces contradictions, je formule toutefois à chaque fois quelques pistes de résolution partielle, pour terminer, avec la dernière, sur un bilan schématique du statut de cette problématique aujourd'hui. Ces analyses introductives sont regroupées selon une série d'abord de trois d'entre elles concernant les déterminants de fond, les "macro-drivers", puis le rôle des consommateurs, puis celui des politiques publiques.
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ZELEM Marie-Christine : "Le paradoxe du consommateur moderne : modérer ses consommations d'énergie dans une société toujours plus énergivore".
"Services Publics et Economies d'Energie Durables",
Centre Universitaire d'Albi
beslay@univ-tlse2.fr, zelem@univ-tlse2.fr
Compte tenu des urgences en matière de changement climatique, le consommateur est de plus en plus régulièrement invité à changer ses habitudes en matière d'énergie. Il est notamment mis en demeure de participer à cet enjeu planétaire qui vise à réduire ses consommations domestiques. Nombre de mécanismes sont mis en place pour l'accompagner dans cette démarche. Cela passe par un univers communicationnel de plus en plus offensif, qui va de paire avec la généralisation des étiquettes énergie supposées l'informer sur les appareils énergivores. Cela renvoie aussi à toute une série de primes à l'installation de tels ou tels systèmes techniques supposés être plus économes. Tout cela est conforté par un contexte réglementaire qui touche l'habitat et les normes d'isolation (réglementation thermique, construction durable, développement des éco-matériaux…). Et sur le marché, les appareils consommant de l'énergie sont de plus en plus efficaces du point de vue de leurs performances énergétiques.
Pourtant, les consommations d'énergie du secteur résidentiel ne cessent de croître. Là où les économistes parlent d'effet rebond, les sociologues et les anthropologues vont, dans une approche compréhensive, chercher pourquoi un tel paradoxe. En fait, en changeant d'échelle d'observation pour s'attarder, dans les foyers, sur les pratiques énergétiques concrètes, de multiples facteurs viennent se combiner pour expliquer les " résistances " en contexte de changement aux différents " instruments " des politiques publiques de maîtrise de la demande d'énergie.
A travers l'exemple du froid domestique, celui de l'éclairage et celui du chauffage, on verra comment, autour du frigo, de la lumière et du confort thermique, cristallisent toute une variété fort complexe d'éléments explicatifs.
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